La Fandango Film a été fondée en 1989 par Domenico Procacci.
Né à Bari en 1960, il pourrait donc figurer cette année dans l’hommage à la région des Pouilles, Domenico Procacci s’intéresse très tôt au cinéma et se lance dans la production dès 1987 en produisant le premier long métrage de Giuseppe Piccioni,
Il grande Blek, avec Sergio Rubini et Francesca Neri.
Deux ans plus tard, s’inspirant du titre d’un film culte,
Fandango de Kevin Reynolds avec Kevin Costner, salué avec enthousiasme à la mostra de Venise en 1985, Procacci fonde la Fandango Film et commence à soutenir une série de jeunes auteurs dont il produit les premiers films, Antonello Grimaldi avec
Nullo ci può fermare (1989), Sergio Rubini avec
La stazione (1990), Carlo Carlei avec
La corsa dell’innocente (1992), Giacomo Campiotti avec
Come due coccodrilli (1994). En 1998, c’est encore lui qui accompagne les débuts de Gabriele Muccino avec
Ecco fatto, cinéaste qu’il suit en 1999 avec
Come te nessuno mai et surtout en 2001 avec
L’ultimo bacio, énorme succès également en France sous le titre Juste un baiser, film qui lance définitivement la carrière du metteur en scène, aujourd’hui apprécié à Hollywood où il a réalisé ses deux derniers films et de son interprète, Stefano Accorsi.
Dès lors, la Fandango devient une des pièces maîtresses du dispositif productif italien. Procacci produit les films du rocker Luciano Ligabue (
Radiofreccia et
Da zero a dieci), il permet à Emanuele Crialese de tourner
Respiro, il continue à accompagner les débuts de jeunes cinéastes, Franco Bernini, Maurizio Sciarra, Daniele Vicari, Fabrizio Bentivoglio… Il participe à l’épanouissement de Paolo Sorrentino avec Le
conseguenze dell’amore et
L’amico di famiglia et, après
L’imbalsamatore (L’Etrange M. Peppino), produit le dernier film de Matteo Garrone,
Gomorra, primé à Cannes en 2008. C’est lui encore qui suit Carlo Mazzacurati pour La
giusta distanza, Ferzan Ozpetek pour
Un giorno perfetto, Antonello Grimaldi pour
Caos calmo. Tous films plébiscités à Annecy lors des précédentes éditions. Cette année, il est en compétition à Venise avec
Lo spazio bianco de Francesca Comencini.
Non accablé par ses activités cinématographiques (également production de documentaires et filière de distribution), Procacci est actif dans le domaine de l’édition musicale et de DVD, de la radio (Radiofandango), de la télévision sur le web. Il a surtout lancé en 1999
Fandango Libri qui publie une vingtaine de titres par an et dont la ligne éditoriale est suivie par Alessandro Baricco dont Procacci a produit le premier film
Lezione 21 et dont il a édité certains ouvrages. Fandango Libri publie des romans (collection « Les mines dérivantes »), ainsi que des essais et des documents. Elle sort aussi des livres accompagnés de DVD, par exemple les études et documentaires de Marc Paolini et Carlo Mazzacurati sur Mario Rigoni Stern, Luigi Meneghello et Andrea Zanzotto.
Films et livres sont placés sous le signe des images d’un illustrateur de génie, Gianluigi Toccafondo (une exposition lui est dédiée cette année par Annecy Cinéma Italien) qui exprime par ses compositions mouvantes l’intense esprit d’innovation qui règne dans la maison, une sorte de « factory de talents, une manière de voir et de raconter la réalité ».
Ainsi, en vingt ans, Domenico Procacci, aux allures d’éternel adolescent, a bâti un petit empire culturel dans lequel le cinéma et la littérature font bon ménage, mieux même, l’ensemble constitue un espace créatif où toutes les énergies convergent vers un objectif commun, un « rêve et une ambition : élargir les horizons de la production italienne à celle internationale ». En 2009, Procacci a reçu le David de Donatello comme meilleur producteur pour Gomorra de Matteo Garrone.
J.A.G.