Annecy Cinéma Italien 2009


:: Jean Louis Trintignant “Acteur” italien


De 1959 à 1983, Jean-Louis Trintignant a tourné près d’une vingtaine de films en Italie. Certes, comme il le dit lui-même, il n’a jamais voulu se fixer à Rome. Pourtant son lien avec ce pays est puissant, continu, marqué surtout par quelques œuvres phares, Eté violent de Valerio Zurlini, Le Fanfaron de Dino Risi, Le Conformiste de Bernardo Bertolucci, La Terrasse d’Ettore Scola…

A la fin des années cinquante, la saison des coproductions franco-italiennes est bien engagée. Les acteurs français sont nombreux à aller travailler en Italie, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Jean-Claude Brialy, Gérard Blain, Jacques Perrin, Jean-Louis Trintignant... C’est Valerio Zurlini qui fait appel au jeune homme pour jouer aux côtés d’Eleonora Rossi Drago et de Jacqueline Sassard dans Eté violent, chronique de l’été 1943 où s’effondra le fascisme. « Zurlini – note le comédien – est rapidement devenu un ami. Il n’avait que cinq ou six ans de plus que moi, mais très vite il m’a considéré comme son petit frère. Il a voulu que j’habite chez lui, me confiant les détails de sa vie. Il était critique d’art, très fin et cultivé, assez fort et costaud. »

Après ce premier film, qui a apporté tout de suite une certaine notoriété au jeune comédien, et parce que Jacques Perrin n’est pas libre, la production l’engage pour jouer dans Le Fanfaron aux côtés de Vittorio Gassman. Le succès est énorme, la carrière de Trintignant est lancée en Italie. Pourtant l’acteur demeure sur la réserve : « Je n’ai jamais voulu faire une carrière italienne. Je retournais toujours en France et je n’ai jamais interprété deux films de suite en Italie. Le fait d’avoir participé à un gros succès me permettait d’accepter des rôles sans trop penser au résultat. Et


Estate violenta

j’ai subi quelques échecs. Cela explique que je ne sois pas devenu une vedette. J’ai souvent tourné au sentiment, à la sympathie. » Trintignant alterne ainsi les films de genre et les films d’auteur, sacrifiant à la mode du western (Le Grand Silence), du thriller (Le Sadique de la chambre 24), de la comédie de divertissement (Il sucesso, L’Amour à cheval), et participant à l’affirmation de cinéastes majeurs comme Bertolucci : « Le roman d’Alberto Moravia, Le Conformiste, m’avait fasciné, mais le rôle que me proposait Bertolucci ne me plaisait pas trop. Je lui ai donc écrit, lui faisant part de mes doutes, tout en évoquant mon grand désir de tourner avec lui que je considérais comme l’un des réalisateurs les plus bouleversants du cinéma italien. Puis nous nous sommes vus, et il m’a convaincu que le plus intéressant, dans ce scénario, était tout ce qui était suggéré à travers le film, le non-dit. C’est pour cela que j’ai travaillé d’arrache-pied. C’est sans doute ce que j’ai fait de mieux au cinéma. »

Après ce film, Trintignant est au sommet de sa carrière internationale. Il tourne beaucoup et s’essaye même à la réalisation avec Une journée bien remplie (1972) et Le Maître nageur (1979), film dans lequel il dirige Stefania Sandrelli qu’il retrouve la même année sur le plateau de La Terrasse d’Ettore Scola.


Il sorpasso

De fait, après avoir travaillé avec Comencini aux côtés de Marcello Mastroianni (La Femme du dimanche) et avoir suivi Zurlini dans l’entreprise grandiose du Désert des Tartares, Trintignant rencontre Scola : « Scola a toutes les qualités réunies. Quand je pense à lui, je me sens envahi par une immense tendresse. J’ai eu beaucoup de chance de connaître ces gens formidables. C’est aussi cela, le bonheur d’être comédien. Cette période italienne a beaucoup compté dans ma vie. » Trintignant est un des protagonistes de La Terrasse. Il y est le scénariste angoissé qui doit à tout prix écrire un film « qui fasse rire » pour un producteur tyrannique (Ugo Tognazzi). Le film, « ce constat drôle et désespéré de la fin d’une époque interprété par les plus grands acteurs de la comédie italienne », est un des sommets de la carrière de Scola. Entre les deux hommes une forte amitié est née : le cinéaste fait de nouveau appel au comédien pour Passion d’amour, et lorsqu’il tourne en France et en Italie l’admirable Nuit de Varennes, il appelle autour de lui son complice pour un petit rôle, une prestation merveilleuse que les Italiens appellent un « camée ». M. Sauce, le marchand de chandelle qui héberge Louis XVI lorsque le roi a été arrêté à Varennes, c’est Jean-Louis Trintignant rendant inoubliable la rencontre inattendue entre un simple citoyen souffrant de maux de tête et un souverain qui n’est plus qu’un fantoche dont on n’aperçoit que les pieds…


Passione d'amore

Dernier séjour en Italie, Trintignant est aux côtés de Laura Morante le protagoniste de Colpire al cuore de Gianni Amelio. Le film, qui évoque avec beaucoup de sensibilité le problème du terrorisme, est malheureusement demeuré inédit en France, emporté par la faillite de Gaumont Italie.
Jean-Louis Trintignant, sa modestie dû-t-elle en souffrir, n’appartient pas qu’à l’histoire du cinéma français, il appartient aussi à l’histoire du cinéma italien.

J.A.G.

* Toutes les citations proviennent du livre : Jean-Louis Trintignant, La Passion tranquille, Entretiens avec André Asséo, Paris, Plon, 2002.

Filmographie italienne de Jean-Louis Trintignant
1959
Estate violenta (Eté violent) de Valerio Zurlini
1962
Il sorpasso (Le Fanfaron) de Dino Risi
Il sucesso de Mauro Morassi
1965
Io uccido tu uccidi de Gianni Puccini (sketch la donna che viveva sola)
1967
Col cuore in gola (En cinquième vitesse) de Tinto Brass
1968
La morte a fatto l’uovo (Le Sadique de la chambre 24) de Giulio Questi
Il grande silenzio (Le Grand Silence) de Sergio Corbucci
La matriarca (L’Amour à cheval) de Pasquale Festa Campanile
Metti una sera a cena de Giuseppe Patroni Griffi
1969
Cosi dolce cosi perversa d’Umberto Lenzi
1970
Il conformista (Le Conformiste) de Bernardo Bertolucci
1975
La donna della domenica (La Femme du dimanche) de Luigi Comencini
1976
Il deserto dei tartari (Le Désert des Tartares) de Valerio Zurlini
1979
La terrazza (La Terrasse) d’Ettore Scola
1980
Passione d’amore (Passion d’amour) d’Ettore Scola
1982
La Nuit de Varennes (Il mondo nuovo d’Ettore Scola)
1983
Colpire al cuore de Gianni Amelio


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