Gianni Amelio, Pupi Avati, Cristina Comencini, Nanni Moretti, Michele Placido, Sergio Rubini, Gabriele Salvatores, Silvio Soldini… Même sans Michelangelo Antonioni, qui l’aurait beaucoup désiré, la liste des metteurs en scène qui, au cours de ces dix dernières années, ont choisi les Pouilles pour y tourner un film ou des séquences essentielles est particulièrement nourrie et prestigieuse. Une liste que l’on peut prolonger avec les noms, désormais nombreux, des jeunes auteurs, in primis les Pouillais Alessandro Piva et Edoardo Winspare, qui ont trouvé dans la région le plateau idéal pour leurs premiers et seconds films. Il s’agit de réalisations, parfois même interprétées dans des dialectes des Pouilles, fréquemment attentives aux échos de la chronique qui, avec le temps, se transforme en Histoire.
1989 est l’année cruciale de l’histoire récente de l’Europe : la chute du Mur de Berlin envoie aux archives le “siècle court”, commencé avec la Première Guerre mondiale, et marque le début de la fin de l’empire soviétique. Les Pouilles, apparemment très éloignées de ces événements, en subiront très vite les effets, devenant un des points d’arrivée des réfugiés d’un Est très vaste, des Balkans jusqu’à l’Asie Centrale. Avec la chute du Rideau de Fer, ceux-ci fuient les régimes autoritaires, les guerres, la misère. L’éclatante avant-garde de cette exode, constituée par des milliers d’Albanais, accoste dans le port de Bari au cours de l’été 1991 à bord du navire Vlora. Un peuple de désespérés, toutefois confiant en un futur indéfinissable qui, s’il avait eu une trace de nom, ce serait appelé simplement Pouilles.
C’est ce panorama de vitalité dramatique qui a poussé beaucoup de metteurs en scène vers les Pouilles. Le cinéma, et pas seulement le western, aime les frontières, il recherche son inspiration dans la violence et dans la nostalgie des pas suspendus entre deux terres. De surcroît, la frontière des Pouilles est une frontière maritime, un horizon le long duquel se concentrent l’aventure et la nostalgie toujours provoquées par l’idée de prendre la mer. Une dimension d’autant plus évocatrice pour les films que, même sur la terre ferme, du Gargano au Salento, on trouve des paysages stupéfiants et inédits. De fait, le cinéma italien, peut être attiré par le charme archaïque de la Basilicata voisine et malgré quelques exceptions significatives, avait pratiquement ignoré les Pouilles jusqu’au début des années 80.
Dans l’agitation locale-globale, les Pouilles ont finalement trouvé une image cinématographique nette et peut être même quelque chose de plus : sur les écrans, on entrevoit une possible identité géopolitique de la région. Nous parlons d’un rôle euro-méditerranéen d’échanges et de croisements religieux, culturels, économiques. Un rôle généreux, accueillant, pacifique, courageux, parfois même tragique, que les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis, la guerre en Afghanistan et les tentations du « choc des civilisations » sont en train de menacer, mais qui, aujourd’hui plus que jamais, il faut revendiquer avec force. L’alternative serait de céder au racisme et à la peur, et de se condamner à une marginalité mélancolique, en renonçant à la nouvelle Histoire des Pouilles palpitante des mille histoires que le « cinéma de frontière » a mis en lumière.
Journaliste et critique cinématographique de la Gazzetta del Mezzogiorno, auteur en 2004 d’un essai, Viva l’Italia, publié par Fandango Libri, Oscar Iarussi préside l’Apulia Film Commission, une structure née en 2007 avec l’appui de la Regione Puglia qui en est le membre fondateur le plus important. Depuis sa fondation, l’Apulia Film Commission a soutenu le tournage dans les Pouilles de Ne te retourne pas de Marina De Van (réalisé en 2007), Galantuomini d’Edoardo Winspeare et Il passato è una terra straniera de Daniele Vicari en 2008, L’uomo nero de Sergio Rubini et Cado dalle nubi de Checco Zalone en 2009. |